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La BAD presse le Gabon de relever sa pression fiscale pour combler un déficit de 1 milliard USD

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Dans son rapport pays 2025 sur le Gabon, la Banque africaine de développement (BAD) appelle les autorités à accroître leur pression fiscale de 4,5 points de pourcentage, soit un passage d'environ 11,9% à 16,4% du PIB. Objectif : générer des recettes supplémentaires susceptibles de résorber un déficit de financement annuel évalué à 1 milliard de dollars américains. Une hausse que l'institution juge cruciale pour permettre au pays de combler ses besoins en infrastructures et accélérer sa transformation structurelle d'ici 2030.

Entre 2015 et 2024, le Gabon a affiché un taux moyen de pression fiscale de 11,9%, un niveau nettement inférieur à celui d'autres économies africaines comparables, telles que la Namibie (30,5%), ou encore le Botswana (22,9%). Cette faiblesse, malgré un nombre relativement important de taxes à payer, illustre selon la BAD, un potentiel fiscal sous-exploité. Le poids des taxes sur les biens et services ainsi que des impôts directs reste limité dans la structure des recettes publiques.

Les besoins annuels de financement du Gabon sont évalués par la BAD à 1,18 milliard de dollars pour soutenir une trajectoire de développement similaire à celle des pays les plus performants du monde en développement. Or, selon les calculs de l'institution panafricaine, le pays ne parvient actuellement à mobiliser que 14,6% de cette enveloppe. D'où sa recommandation d'augmenter le taux de pression fiscale de 4,5 points pour espérer combler ce déficit sans dépendre davantage de la dette ou des ressources extérieures.

Les recettes fiscales gabonaises ont certes progressé de 79,1% entre 2015 et 2024, tirées notamment par une forte hausse de la TVA (+140%) et par la mise en œuvre de réformes structurelles. L'adoption du Code des hydrocarbures en 2019 a permis une multiplication par près de cinq de l'impôt sur les sociétés pétrolières, passé de 54,1 à 262,2 milliards FCFA entre les périodes 2015-2018 et 2019-2024. Toutefois, ces ressources restent fortement corrélées aux cours internationaux du pétrole, ce qui accentue la vulnérabilité budgétaire du pays.

Les impôts directs représentent aujourd'hui 30,4% des recettes fiscales (dont près des deux tiers issus de l'impôt sur les sociétés), suivis des droits de douane (27,8%) et des taxes sur les biens et services (18,1%). Cette structure reflète une faible diversification de l'assiette fiscale, que la BAD considère comme un frein à la résilience économique.

Entre 2015 et 2023, les recettes non-fiscales ont représenté en moyenne 40,7% des recettes publiques, alimentées principalement par les revenus du domaine pétrolier (redevances, contrats de partage) et les participations de l'État. Depuis 2023, ces dernières se sont renforcées à la faveur du rachat d'actifs dans plusieurs entreprises stratégiques, comme Assala Energy, Afrijet ou la SNBG. Une Direction générale des participations a même été créée, avec un Fichier unique des participations (FUP) à la clé.

Si ces mesures contribuent à renforcer la souveraineté économique du pays, la BAD invite néanmoins les autorités à éviter une trop grande intervention de l'État dans l'économie, au profit d'un environnement plus propice au développement du secteur privé local.

La composition des dépenses publiques sur la période révèle une faible efficacité dans l'allocation des ressources. Près des deux tiers du budget (60,4%) ont été consacrés aux dépenses de fonctionnement, dont 35,8% aux salaires et 13,7% aux transferts et subventions. Les dépenses d'investissement, quant à elles, ont connu une trajectoire en dents de scie : en baisse entre 2015 (423,4 milliards FCFA) et 2023 (267,2 milliards FCFA), avant de repartir à la hausse en 2024 (588,3 milliards FCFA). Dans le même temps, le service de la dette a plus que doublé.

Pour la Banque africaine de développement, le relèvement du taux de pression fiscale représente un levier majeur pour permettre au Gabon de combler durablement ses déficits, renforcer son indépendance budgétaire et atteindre ses ambitions de développement d'ici 2030. Cela implique non seulement un élargissement de l'assiette fiscale, mais aussi une meilleure efficacité dans la collecte et l'allocation des ressources publiques.

Perton Biyiha

Publié le 16/07/25 20:12

La Rédaction

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